Panorama sur le Vallon de l'Aiguebrun vue du plateau de Claparèdes en Luberon Plan large du panorama

Cette photo représente une vue panoramique sur le vallon de l'Aiguebrun, prise cet hivers au bord de la falaise, au lieu-dit la Brémonde sur le plateau des Claparèdes. J'ai emprunté pour y accéder le GR9 en partant du fond du vallon, non loin de l'auberge des Seguins. Celui-ci suit un sévère sentier calladé probablement du temps des romains, sinueux et d'un bon dénivelé.

La Brémonde, ainsi que surement chaque parcelle de cette terre du Luberon en Vaucluse est chargée d'histoire et même de préhistoire comme j'y ai fait allusion avec la baume des peyrards.
Il y a 50.000ans les hommes de Néanderthal et de Cromagnon chassaient sur le plateau de Claparèdes.

Des fouilles archéologiques ont révélées de l'outillage lithique, silex taillés, haches polies et des débris de poteries du paléolithique final. Fouilles quartier La Brémonde

De nombreux murs en pierres sèches semblent délimiter de rustiques parcelles, des cabanes ou bories également, ou plus simplement des clapas, immense tas de pierres qui ont donnés son nom au plateau.

A l'age de bronze ce sont les Ligures et les Celtes ( Celto-ligures ) qui s'installent sur les Oppidums, sites fortifiés du médiéval, tel que non loin d'ici le célèbre site rupestre de fort de Buoux, sans oublier l'occupation romaine.

Nous sommes en pays vaudois, communauté religieuse venus se réfugier dans les massifs, qui au XVIème siècle furent massacrés, annonçant les sanglantes guerres de religions.


Je vous laisse en compagnie du poète René Char qui par ses vers illustre si bien l'âme de ce pays:


Sept Parcelles de Luberon

1

Couchés en terre de douleur,
Mordus des grillons, des enfants,
Tombés de soleils vieillissants,
Doux fruit de la Brémonde.

Dans un bel arbre sans essaim,
Vous languissez de communion,
Vous éclatez de division
Jeunesse, voyante nuée.

Ton naufrage n'a rien laissé
Qu'un gouvernail pour notre cœur,
Un rocher creux pour notre peur,
O Buoux, barque maltraitée!

Tels des mélèzes grandissants,
Au-dessus des conjurations,
Vous êtes le calque du vent,
Mes jours, muraille d'incendie.

C'était près. En pays heureux.
Élevant sa plainte au délice,
Je frottai le trait de ses hanches
Contre les ergots de tes branches,
Romarin, lande butinée.

De mon logis, pierre après pierre,
J'endure la démolition.
Seul sut l'exacte dimension
Le dévot, d'un soir, de la mort.

L'hiver se plaisait en Provence
Sous le regard gris des Vaudois;
Le bûcher a fondu la neige,
L'eau glissa bouillante au torrent.

Avec un astre de misère,
Le sang à sécher est trop lent.
Massif de mes deuils, tu gouvernes:
Je n'ai jamais rêvé de toi.


2

Traversée


Sur la route qui plonge au loin
Ne s'élève plus un cheval.
La ravinée dépite un couple;
Puis l'herbe, d'une basse branche,
Se donne un toit, et le lui tend.
Sous la fleur rose des bruyères
Ne sanglote pas le chagrin.
Buses, milans, martres, ratiers,
Et les funèbres farandoles,
Se tiennent aux endroits sauvages.
le seigle trace la frontière
Entre la fougère et l'appel.
Lâcher un passé négligeable.
Que faut-il,
La barre du printemps au front,
Pour que le nuage s'endorme
Sans rouler au bord de nos yeux?
Que manque-t-il,
Bonheur d'être et galop éteint,
Hache enfoncée entre les deux?
Bats-toi, souffrant! Va-t'en, captif!
La transpiration des bouchers
Hypnotise encore Mérindol.


René Char, Le Nu perdu, (1964-1970), Gallimard.

René Char (1907-1988), Sept parcelles du Luberon, sept. 1962, Retour amont, Pléiade.

Liens externes:

Une riche analyse de Bernadette Scheurs du poème de rené char, Sept Parcelles de Luberon présenté ci-avant, donnant des précisions sur son contexte historique : Lecture de René char

Une étude sur l'origine du nom Vaudois